Des affiliés d’Intermarché en Belgique font état d’un certain chaos au sein du groupe depuis le rachat de Mestdagh. Les commerçants en font les frais, affirment-ils : les premières faillites sont déjà une réalité. La direction dément : les chiffres sont excellents, les problèmes logistiques sont résolus.
Des dizaines de millions de dettes
Pour le monde extérieur, la forte croissance d’Intermarché en Belgique semblait jusqu’à présent être une réussite. Mais il semble y avoir un revers à la médaille. Plusieurs magasins ont récemment fait faillite ou fermé leurs portes : Morlanwelz, Auvelais, Jette, Rhisnes… Au moins sept autres seraient sous protection judiciaire, d’autres demandes de mise en faillite pourraient suivre. Une vingtaine de commerçants auraient engagé des avocats dans le cadre de procédures contre Intermarché. Plusieurs magasins ont demandé une valorisation en vue d’une vente. D’ici juillet, une douzaine d’anciens supermarchés Mestdagh qui n’ont pas encore trouvé de repreneur (et qui sont désormais exploités « en portage », c’est-à-dire qu’ils sont considérés comme des points de vente indépendants mais n’ont pas d’adhérent fixe) seraient contraints de fermer leurs portes.
C’est du moins ce qui ressort des entretiens que RetailDetail a eus avec plusieurs adhérents Intermarché qui dénoncent ce qu’ils considèrent comme des dysfonctionnements persistants chez les Mousquetaires depuis des années. Le rachat du groupe Mestdagh de Gosselies en 2022 – qui était alors master franchisé de plus de 80 magasins Carrefour Market – a provoqué selon eux un chaos chez le détaillant, qui n’était pas prêt en interne à doubler ses activités. Ce sont les entrepreneurs indépendants qui en font les frais. Au total, les commerçants ont accumulé des dizaines de millions d’euros de dettes auprès du groupe en l’espace de trois ans. Une situation intenable.
« Nous voulons avertir les entrepreneurs candidats »
Dans une analyse détaillée, les entrepreneurs expliquent comment Intermarché transfère la dette à ses commerçants, dont la majorité est aujourd’hui dans le rouge. La colère est grande, mais la peur aussi. Plusieurs témoignages font état d’un climat perçu comme très tendu par une partie des affiliés.
Nos interlocuteurs estiment que plusieurs pratiques du groupe posent question quant à leur conformité avec la réalité opérationnelle. « C’est pourquoi nous nous exprimons publiquement », nous explique un adhérent. « Nous voulons avertir les entrepreneurs potentiels. Le groupe recherche en effet activement des repreneurs pour toute une série de magasins. Il présente les choses sous un jour favorable, mais les candidats ne savent pas dans quoi ils s’embarquent. Les études de marché sont beaucoup trop optimistes, les marges sont trop faibles pour être rentables, l’organisation est défaillante. »
Les entrepreneurs semblent déterminés à se battre contre leur coopérative. L’un d’eux nous montre des piles d’imprimés de notes internes, de bons de commande et de livraison erronés, d’e-mails… « J’ai remis des milliers de pièces à mon avocat », déclare un autre. « Je peux tout prouver. »
« Les ambitions de croissance restent intactes »
La direction d’Intermarché ne se reconnaît toutefois pas dans ces récits. Au cours des deux dernières années, le groupe a réalisé d’excellents chiffres de croissance avec un nombre de magasins pratiquement inchangé. Cela serait impossible avec une logistique défaillante, affirment le directeur exécutif Arnaud Meyrant et l’adhérent Benoît Debusschere dans un entretien avec RetailDetail. Les anciens magasins Mestdagh qui ont été transformés selon le concept Intermarché ont réussi à doubler, voire tripler leur chiffre d’affaires, ce qui signifie que le chiffre d’affaires moyen par m² pour l’ensemble du parc est déjà presque revenu au niveau d’avant le rachat de Mestdagh.
Le fait que le groupe soit actuellement dans le rouge en Belgique est une conséquence logique des investissements importants liés à l’acquisition et aux rénovations, estime le détaillant. Les ambitions de croissance des Mousquetaires en Belgique restent inchangées : plusieurs ouvertures de magasins sont prévues dans les mois et les années à venir, éventuellement avec de nouveaux formats.
Pour en savoir plus sur les plaintes de certains adhérents mécontents d’Intermarché, lisez l’article « Des adhérents tirent la sonnette d’alarme : Intermarché Belgique a-t-il mal digéré le rachat de Mestdagh ? »
Vous trouverez la réponse détaillée de la direction d’Intermarché Belgique dans l’article « Avec le rachat de Mestdagh, Intermarché Belgique a gagné vingt ans ».


