Sans surprise, l’IA s’est avérée être le mot à la mode lors du salon professionnel EuroShop : les solutions proposées vont de la détection avancée des fraudes aux rayons connectés, en passant par la tarification dynamique et les caddies intelligents. Toutes les applications ne sont toutefois pas aussi pertinentes les unes que les autres.
Des données aux informations
Avec 1 840 exposants et plus de 81 000 visiteurs, l’événement triennal EuroShop Düsseldorf, qui s’est tenu la semaine dernière, a une fois de plus été un salon professionnel exceptionnel. Après deux éditions difficiles – l’une juste avant et l’autre juste après la pandémie de Covid –, le dynamisme était indéniable cette année, en partie grâce à des avancées technologiques révolutionnaires. Le magasin devient-il vraiment intelligent ? Nous sommes presque prêts à le croire, même si certaines réserves s’imposent. Un outil d’IA qui ne fait guère plus qu’imprimer un ticket de caisse lorsque vous le demandez ? Douteux.
En termes de timing, le salon n’aurait pas pu mieux tomber pour Vusion, qui vient de remporter un contrat européen pour transformer les magasins Carrefour en véritables « hubs de données » et « micro-centres de traitement des commandes ». La nouvelle génération d’étiquettes électroniques fait bien plus que communiquer les prix : elle surveille également la gestion des stocks et rend le processus de préparation des commandes dans les magasins plus efficace, ouvre de nouvelles possibilités pour la commercialisation des médias de détail et peut également communiquer via Bluetooth avec les smartphones et les caddies intelligents. Des données aux informations, avec une application servant de gestionnaire de tâches pour les employés du magasin.
Sujet brûlant : la fraude au self-scan
NCR, autrefois pionnier de la caisse enregistreuse, est aujourd’hui NCR Voyix, qui se présente comme une plateforme « indépendante du matériel » pour le « commerce unifié », ou pour tous les points de contact du parcours client. Aujourd’hui, les détaillants veulent pouvoir réagir rapidement, effectuer des tests A/B sur la base de données et d’informations en temps réel, et utiliser des micro-services via des applications. L’IA agentique permet d’optimiser les processus de travail.
Une application concrète que nous avons observée chez de nombreux fournisseurs : la caisse à libre-service avec IA, afin de faciliter le processus de paiement pour les clients et, surtout, de lutter contre la fraude. La combinaison de caméras intelligentes et de logiciels analytiques permet non seulement de détecter rapidement les comportements suspects ou erronés lors du scan, mais aussi de gagner du temps, par exemple grâce à une reconnaissance précise de l’âge lorsqu’un client achète de l’alcool (ce qui évite d’avoir à appeler à chaque fois un employé pour valider l’achat) et grâce à la reconnaissance rapide des produits frais vendus à l’unité, tels que les fruits et légumes.
Éliminer les frustrations
« 70 % des clients évitent le self-scan lorsqu’ils achètent des produits frais, car ils savent que cela leur causera des tracas », nous explique Diebold Nixdorf. « Nous éliminons les frustrations et détectons 89 % des anomalies. » Important : en tant que détaillant, donnez aux clients la possibilité de corriger leur erreur au lieu de les soupçonner immédiatement de vol, car toutes les erreurs ne sont pas intentionnelles. En cas de scan manqué, les acheteurs voient s’afficher une image indiquant ce qui n’a pas fonctionné. L’expérience d’Intermarché en France montre que 80 % d’entre eux corrigent eux-mêmes leur erreur. Les caméras les plus récentes fonctionnent également dans des environnements moins structurés, tels que les stations-service où les clients se déplacent dans tous les sens.
Une histoire similaire chez GK, un grand acteur du secteur des logiciels dans les pays germanophones, qui compte notamment Aldi et Lidl parmi ses clients. Détection des fraudes, reconnaissance de l’âge et reconnaissance des produits frais à la caisse automatique avec des coûts matériels réduits : il suffit en effet d’une boîte AI et d’une caméra. Nous voyons également ces solutions de caisse automatique sur d’autres stands. L’une d’entre elles se distingue selon ses propres dires : la société belge iRetail Check, qui commercialise également le célèbre CaddyCheck. Il s’agit d’une application autonome qui ne nécessite pas de processus d’intégration fastidieux avec le système de point de vente. Deux caméras intelligentes positionnées en biais et une application, et le tour est joué.
Chariots intelligents
De la caisse automatique au chariot intelligent : ce n’est pas un grand pas, les deux applications visent à rendre le processus de paiement plus efficace, mais les possibilités du « chariot intelligent » vont beaucoup plus loin. Nous avons déjà présenté le chariot intelligent de l’entreprise américaine Instacart. Il convient également de mentionner le projet de Colruyt Group: bien qu’il ne soit pas présent avec un stand au salon, il a remporté le prix EHI Retail Institute dans la catégorie « Checkout & smart store ».
L’application de caddie intelligent de la société canadienne Cust2Mate consiste à installer un support pour tablette et scanner ainsi qu’une balance sur les chariots existants du détaillant, ce qui évite de devoir remplacer l’ensemble du parc. Il s’agit de bien plus qu’une solution de scan automatique : c’est une « plateforme d’engagement » qui fonctionne comme le shopping en ligne, mais en magasin. Elle propose des offres personnalisées en fonction du comportement d’achat ou du parcours en magasin, des possibilités de campagnes médiatiques dans le commerce de détail et de « gamification »… L’entreprise ne vend pas l’application, mais la loue sous forme de « cart as a service ». Le retour sur investissement ? Moins de friction entraîne plus de ventes. Les clients fidèles dépensent jusqu’à 50 % de plus tout en passant moins de temps dans le magasin. Et moins de personnel de caisse est nécessaire. « Cela va révolutionner le secteur », estime l’entreprise.
Des rayons intelligents
Depuis l’acquisition de HMY, ITAB combine plus que jamais l’aménagement des magasins et la technologie. « Les données sont au cœur de notre entreprise », déclarent Jonas Borglin (vice-président de la transformation numérique) et Eric Meynckens (directeur commercial pour la Belgique). « Nous voulons être un partenaire stratégique pour les détaillants, nous réfléchissons avec eux et cherchons des solutions. Comment pouvons-nous rendre le processus de paiement plus fluide et plus efficace ? En reliant le système de caisse à la gestion des files d’attente, par exemple. Tout le magasin est désormais connecté. »
Les détaillants rénovent plutôt des rayons séparés que l’ensemble de leur magasin, comme nous l’apprend Wanzl, qui répond également à la « smartification » du magasin avec du mobilier connecté. Des portiques d’accès ou des armoires à boissons équipés de caméras intelligentes avec reconnaissance de l’âge, par exemple, pour les magasins de boissons alcoolisées. Ou des solutions intégrées de médias de vente au détail. Un chariot Fastlaner qui reconnaît les produits et peut les payer grâce à des outils d’IA intégrés.
Intelligence humaine
Autres éléments qui attirent l’attention : des robots de différents types, des applications d’IA agentique pour l’automatisation de tâches répétitives, des applications intelligentes de fixation des prix… Et la durabilité ? Ce thème n’a pas disparu. Des briques en fibres textiles recyclées, des panneaux muraux en vêtements recyclés, des mannequins en papier recyclé biodégradable… autant d’innovations intéressantes.
« Le matériau que vous n’utilisez pas est le plus durable », déclare Christiaan Rikkers de Studio JDV, qui a notamment conçu un « magasin du futur » durable pour Edeka à Berlin, sous la devise « less is more ». Aux Émirats arabes unis, le designer néerlandais a développé, avec le soutien du gouvernement, un nouveau concept de supermarché pour ADCoop, qui se veut un pendant local en réponse à la domination du français Carrefour et de l’indien Lulu. « Face à l’engouement pour l’IA, nous préférons miser sur l’intelligence humaine », explique M. Rikkers.













